13 septembre 2010. Claude Chabrol est mort. C’était un bon cinéaste et sûrement un chic type, d’accord. Et après ? Qu’est-ce que cela nous fait, en vrai ? Mines de déterrés au JT de France 2, succession dans tout le PAF de stars qui l’ont connu, qui ont travaillé avec lui, qui l’aimaient, qui le trouvaient extraordinaire. C’est parti pour la canonisation cathodique en direct. On voudrait nous faire pleurer, sauf que cet homme n’est rien pour nous, c’est un étranger, c’est un inconnu. Il a vécu en faisant des films. Maintenant on laisse entendre qu’il a fait tout ça pour le public, qu’il a fait ça en offrande ou je ne sais quoi. Absurdités. Chabrol a fait cadeau de quoi ? Rien du tout, il était comme les copains, il a fait une carrière, par ailleurs bien remplie. Les artistes ont beaucoup de motivations, de muses et de rancoeurs même, qui les poussent à créer. Mais l’offrande au public... non, vraiment, on veut nous faire croire au merveilleux. On veut nous donner ce merveilleux pour emballer le paquet, pour faire entrer le deuil dans notre salon. De force. Conneries. Mensonges. À vomir, tiens. On veut faire entrer chez nous le deuil à coups de chausse-pieds, c’est tout David Pujadas qu’ils ont recouvert de vaseline pour nous faire passer une tristesse qui n’est pas la nôtre.
Les personnalités qui défilent sur les plateaux des JT sont touchées, parce qu’elles l’ont connu. Mais nous ? Ils nous montrent des images de son dernier tournage, Chabrol qui fait le con avec Depardieu. Le spectacle jusqu’au bout, avec toute son indécence. Je ne comprends pas ces types qui viennent sur un plateau de télévision pour confirmer qu’ils connaissaient le défunt et qu’ils sont tristes, je ne comprends pas leur démarche. Nous, pour le deuil, on se cache. On se rentre chez soi et on pleure. On ne va pas s’afficher, on ne va pas faire du lancer de larmes en direct. Les mecs de la télé nous font participer à leur tristesse, non feinte dans le meilleur des cas. Ça c’est quelque chose que personne ne fera jamais dans le civil. Lorsque vous avez un deuil à digérer, vous prenez quelques jours de congés. Vous n’allez en tout cas pas à votre boulot pour pleurer sur votre bureau, raconter à tout le monde comment il était fantastique, papi Gaston. On trouverait ça vulgaire. Eh bien dans le petit écran on est vulgaire, jusque dans la mort.
À la fin du journal télévisé, Pujadas annonce que France 2 a bouleversé ses programmes et diffuse L’ivresse du pouvoir, avec Isabelle Huppert. C’est un assez bon film, sauf que Huppert est peut-être mal choisie pour incarner Eva Joly. Heureusement qu’il y a François Berléand. C’est la dernière fois avant longtemps, en tout cas, qu’on va voir du Chabrol. Avant l’année prochaine en fait, pour l’anniversaire de sa mort, et comme ça pendant des années, tant que les mecs qui choisissent les programmes seront assez vieux pour avoir connu ses films de leur vivant.
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